PATRICK VOLLAT  PHOTOGRAPHIES

rosace
PORTRAITS NUS GRAVES ET FÉBRILES

PNGF


Nus et portraits sont des genres majeurs de la peinture, la sculpture et la photographie ; depuis l'antiquité pour les deux premiers, voire plus puisque des motifs en relevant apparaissent même à la préhistoire sur les murs des cavernes habitées.
La raison en est simple : ce sont tout bonnement des reflets autant que des révélateurs du corps et de l'âme, ce qui bien entendu interroge l'humanité depuis toujours.
La nudité est révélation et représentation de l'intimité et de la beauté. Les seuls instants où l'être humain apparaît nu, dans nos civilisations modernes du moins, sont en effet de nature des plus intimes (toilette, sexe). Par ailleurs, les corps nus représentés dans l'iconographie artistique sont en général d'une grande beauté, idéalisés, magnifiés et de nature quasi symbolique.

Pourquoi des corps féminins ?
Il s'agit si peu d'attirance sexuelle ! Ainsi, les femmes, dès qu'elles ont été enfin autorisées par la gente artistique masculine à pratiquer ouvertement les métiers artistiques, c'est à dire vers le milieu du XIXème siècle (à quelques très rares exceptions antérieures près), ont également représenté essentiellement des nus féminins et non masculins.
Le nu masculin fait le plus souvent apparaître (là aussi, de très rares exceptions), sous prétexte de virilité (mal comprise), des hommes d'apparence vindicative voire agressive, des guerriers ou des gymnastes se préparant au combat (voir la statuaire antique romaine), dégageant ainsi une aura de violence et de bestialité dont on se passerait volontiers par ces temps perturbés qui sont les nôtres.
Le nu artistique féminin, au contraire, n'est, le plus souvent, que grâce, délicatesse et poésie, induisant des sensations de douceur, d'amour et de compassion, se révélant ainsi autrement plus rassérénant et apaisant.
Et c'est d'ailleurs cette dernière représentation que l'on peut bousculer et utiliser à rebours pour développer et donner force aux idées et sentiments que l'on souhaite inclure dans ses images - comme je l'explique dans le paragraphe qui suit.

Exercice des plus périlleux, la photo de nu demande d'éviter les écueils conjoints de vulgarité et de naïveté tout en conservant ses pouvoirs de fascination et de sensualité. Le nu interpelle, bouscule, dérange, violente parfois et amplifie ainsi les intentions et les desseins mis en œuvre, ceux du photographe comme ceux du modèle ainsi que les réactions et les émotions de celles ou ceux qui contemplent les images. Baissant ainsi la garde, ces derniers(ères) deviennent alors largement plus perméables et réceptifs(tives) aux divers messages, sentiments, idée que le photographe a souhaité exprimer (stratagème des plus habiles !).
J'ai depuis quelques temps juxtaposé dans une même image, dans un premier temps, une femme habillée et une femme nue, puis plus récemment, la même femme habillée et nue. Il est apparu que cet assemblage, tentant donc d'associer les photos de portrait et de nu, espérant obtenir ainsi plus que ce qu'offre chacune séparément, interpelait et questionnait très fortement, dévoilant peut-être plus puissamment in fine la nudité de l'âme.

Louée soit alors Sandrah, merveilleuse modèle avec qui je travaille depuis cinq ans maintenant !(instagram@sandrah photo webwww.sandrah.book.fr ) Sa beauté simple et intense, sa présence émouvante autant qu'irradiante, son intelligence et son inventivité, servent de révélateur et de moteur les plus infaillibles pour traduire les idées et les atmosphères avec le plus de force possible. À savoir et toujours : la difficulté d'être.